L for Liberty

…because liberty is not negotiable.

Immigrations d’hier et d’aujourd’hui.

Un film intitulé « Remember Bagdad », projeté à la Cinémathèque de Luxembourg le 28 novembre 2018, nous a rappelé l’exode des juifs des pays arabes.
« Pas loin d’un million de juifs vivaient dans le monde arabe. Ces communautés ont été détruites, la plupart des pays arabes ont été vidés de leurs juifs. On estime qu’il en reste moins de 5000 juifs aujourd’hui, principalement au Maroc et en Tunisie. Certaines de ces Communautés existaient depuis 2500 ans, et c’est toute une culture qui a été détruite en quelques décennies.
La date de cette projection n’a pas été choisie au hasard. Fin novembre est en effet la période où on commémore l’exode des juifs des pays arabes, notamment en Israël. Ce qui continue de surprendre est le fait que ce départ, dans des conditions différentes en fonction des pays, soit tellement mal connu dans nos pays européens. »

Mon propos n’est cependant pas la critique de ce film oh combien bien fait et intéressant, mais de décrire le processus de la migration récente des Juifs vers Israël tout en jetant, en passant, un regard sur les migrations plus récentes d’autres communautés vers l’Europe, massives à partir de 2015, mais continues dans le passé depuis: (et laissez-moi fixer arbitrairement une période), la fin de la colonisation européenne de certains pays africains.
Dans le contexte actuel, il me semble intéressant de comparer certains flux migratoires, les uns relevant d’une migration voulue et demandée par l’État d’accueil et les autres relevant d’une migration spontanée, imprévue (quoique prévisible) atterrissant devant les frontières de l’Europe. Voilà parmi une multitude de formes de migrations deux genres extrêmes que j’essayerai de comparer.

Que l’immigration en Israël soit présentée comme un modèle parfait, l’intégration comme exemplaire, je n’en sais rien, mais l’entreprise de peuplement d’un pays par le biais de l’immigration est indubitablement un succès, unique au monde… Le déroulement de ces opérations répondait finalement au but de l’entreprise: rapatrier les Juifs dans un pays, un foyer propre aux juifs, un territoire avec une histoire plus que deux fois millénaire. Cette opération n’est certainement pas encore achevée et déjà des problèmes qui touchent les pays européens ne manqueront pas de surgir également en Israël. Ainsi Israël voit un nombre croissant de migrants qui entrent illégalement en Israël depuis les années 2000.

D’un autre côté, je ne saurais qualifier de parfait et d’exemplaire le « management » des migrations illégales dans les pays européens. Serait-ce le trop grand nombre de décideurs politiques à visions divergentes, aidés ou combattus par des ONG à très forte influence dans le public qui empêche une ligne visible et réfléchie, comme on la voit en Israël.

Pour tout migrant, il y a un pays de sortie, normalement de son pays de résidence, et un pays d’entrée, un pays qui a pu exercer une certaine attraction dans les conditions données, tel Israël pour les Juifs et l’Allemagne pour les migrants contemporains.

La sortie…

En fuite pour des raisons des guerres en Afghanistan, Irak, Syrie en Éthiopie, au Soudan et j’en passe, pays gouvernés par des dictateurs du même gabarit probablement que leurs prédécesseurs, les migrants d’aujourd’hui fuient leur patrie alors que les juifs, otages des régimes installés dans divers pays arabes après la Deuxième Guerre Mondiale, fuyaient ceux-ci, en l’absence de guerre, il faut le souligner, le plus souvent sous la menace de procès au titre de collaborateurs du roi d’Irak, des Anglais etc, ou les quittaient, parfois par simple mesure de précaution, le plus souvent dépouillés de leurs biens et avec comme argent de poche pour le voyage dans l’inconnu, le montant de 10 dollars.

La « Loi du Retour » (Hok hashvout) ou alyiah, (1950) base de la fondation de l’État, l’appel de Ben Gourion et l’activité de l’Agence Juive en vue de promouvoir le « rapatriement » des juifs du monde entier vers Israël sera entendu par des centaines milliers de juifs. Il se fait entendre encore aujourd’hui, mais hélas, dans quelques pays d’une Europe qui se dit civilisée, on ouvre ses portes aux réfugiés des pays et guerres arabes, les uns généreusement, les autres avec réticences, alors qu’à la même période ses citoyens juifs envisagent de fuir leur pays en raison d’un antisémitisme rampant dont, à l’heure actuelle, personne ne voudra en donner les causes et origines récentes.

L’entrée…

« Les migrants d’aujourd’hui sont les Juifs d’hier » où « You will never hate alone », c’est le titre l’article paru dans « Slate » en août 2015 sous la plume du journaliste provocateur Laurent Sagalowitsch. L’idée a fait son chemin, on voit des parallèles, on semble avoir trouvé un précédent historique et il est clair qu’il faut absolument l’éviter en tant que défenseurs des « valeurs européennes ».

L’auteur nous rappelle cet épisode honteux, quand « les Juifs, au plus fort de la tourmente nazie, erraient d’ambassades en ambassades quémander des visas que les autorités consulaires délivraient au compte-goutte, en regrettant le cœur sur la main de ne pouvoir, comme ils l’auraient tant souhaité, accéder à leurs pourtant légitimes requêtes. Leur recommandant d’aller solliciter la toujours possible clémence d’un pays voisin. Et les condamner à une mort certaine. Aujourd’hui, ce ne sont plus les juifs qui supplient ces mêmes autorités mais des Irakiens, des Érythréens, des Syriens. »
Nous ne contredirons pas l’auteur au sujet des propos que nous venons de citer. Toutefois, et sans vouloir insinuer que les seuls juifs étaient accablés par le malheur, la comparaison retenue dans le titre de l’article me semble incorrecte voire inadmissible.

Tout d’abord: si c’étaient des juifs d’hier, ils seraient dans des wagons en route vers les chambres à gaz. Il n’y a pas de solution finale à leur intention.Ils ont réussi à sortir tant bien que mal de leur pays, alors que les juifs tentaient et cherchaient désespérément une sortie de leur pays natal, l’Allemagne ou l’Autriche et plus tard des pays occupés.

Dans une moindre mesure, on peut reprocher à l’auteur de ne pas avoir parlé des raisons de leur départ, qui les a fait fuir et pourquoi. Il n’est pas évident, que la piste et la fuite vers l’étranger, rendues possible par les visas, ait abouti dans des conditions acceptables. Outre le fait que les autorités nazies pouvaient bien mettre en suspens les visas en imposant des conditions à la sorties, par exemple par l’expropriation, le payement de « rançons », la fabrication de motifs d’emprisonnement, la solution du problème telle qu’elle est vue par l’auteur à savoir l’émission d’un visa et hop: tu es dehors, sain et sauf, est absolument naïve.

Mais voilà que ressurgit un autre « fait divers » pénible : La Conférence d’Evian de 1938, organisée à l’initiative du Président des E.U. Franklin Roosevelt. Elle se déroula du 6 juillet au 16 Juillet 1938 à Evian. Son but était de venir en aide aux réfugiés juifs allemands et autrichiens fuyant le nazisme, peu après l’Anschluss. Elle ne déboucha sur aucune mesure concrète, hormis la Création du Comité intergouvernemental pour les réfugiés (CIR). Elle a été appelée « Conférence de la honte, the world anti-juive conference, la conférence de la peur » ou simplement réduite à la constatation: Quand le monde refusa de sauver les juifs…
Dans quelle mesure les participants à cette conférence pouvaient-ils connaître ou ignorer les projets funestes que l’Allemagne nazie avait l’intention d’exécuter à l’égard de la population juive?
Nos pensées vont instinctivement vers l’élaboration du « Global Compact for Migration » …

Des obstacles légaux et politiques de certains pays comme les États-Unis et la Grande-Bretagne rendaient par ailleurs assez difficile la promotion de l’immigration. Ainsi les Johnson Immigration Acts de 1921 et 1924 ont représenté des freins majeurs: Sans le déclarer ouvertement, ils restreignaient effectivement l’immigration juive vers les États-Unis en imposant des quotas stricts aux pays où vivaient la plupart des Juifs. En Palestine britannique également, la peur de révoltes arabes motivées par une trop forte immigration juive, contraignaient les autorités britanniques de réduire brusquement les possibilités de migration au moment de la plus forte pression pour les juifs d’Europe via le « Livre Blanc » de 1936.

Les immigrations des Juifs d’hier (en Israël) et des réfugiés d’aujourd’hui en Europe, deux variantes extrêmes d’immigration n’ont qu’un seul trait commun:
Des hommes femmes et enfants se présentent à la frontière d’un pays où ils ont l’intention de vivre.
Les règles internationales relatives aux réfugiés et les intérêts nationaux déterminent si l’on fait droit ou non à cette intention.
Mais que de différences de fond quant aux caractéristiques de ces mouvements migratoires:
Les migrations juives.
Dès avant le début des vagues migratoires actuelles, un article paru en 1996 à la » Revue Européenne des migrations internationales », sous la plume de Sergio Della Pergola, donne un aperçu exhaustif du « Système mondial de migration juive en perspective historique ». Écrit en 1996, l’auteur ne s’est certainement pas douté que l’époque des grandes migrations afro-européennes en était seulement à ses débuts. Le résumé et les conclusions de son rapport valent la peine d’être rapportées:
« Les migrations internationales ont été une des forces sociales majeures dans la formation de la population et de la société juives à l’échelle mondiale au cours du dernier siècle. Cet article a tenté de donner un aperçu de quelques-unes des principales tendances et des causes déterminantes du système global des migrations juives. Une bonne compréhension des forces qui gouvernent le migration internationale des Juifs peut servir utilement à prêter assistance à de telles migrations dans l’avenir, et à tirer des leçons pour d’autres groupes de migrants.. » A quelles groupes aura pensé l’auteur, et vers quels pays se dirigeront-ils?

Quelle histoire! Quelles histoires! Cette histoire des juifs est perçue plus clairement que celle de toute autre communauté, parce que l’histoire mondiale a su retracer celle de la diaspora juive, disons, jusqu’à et depuis l’exil de Babylone. J’ajouterai que ce chemin de l’exil est peut-être le seul événement qui touchait les juifs en tant que nation, en tant que peuple, alors que les migrations qui suivirent, ne concernaient que des membres d’une communauté (nationale) respectivement la communauté entière d’un pays donné… En fait cependant, nous assistons à des migrations d’individus ou de groupes et familles juifs. Les raisons de celle-ci étaient de toute façon beaucoup plus variées que celles des migrations actuelles qui se résument en fait à la fuite devant des événements de guerre et à de raisons économiques voire de survie…

L’appel des sionistes n’avait vraiment pas touché l’ensemble de la population juive répartie sur tous les continents, les événements en Allemagne hitlérienne engendrant la SHOA vont monter le volume de l’appel et encourageront la fuite, vers les États-Unis, l’Amérique latine voire la Chine et partiellement seulement vers la Palestine, avant et après la constitution de l’Etat d’Israël.

Nous observerons ici que contrairement à certaines opinions, la création de l’État d’Israël, envisagée comme foyer national pour le peuple juif depuis le Congrès juif de Bâle en 1897, mis à l’ordre du jour politique par la déclaration dite de Balfour le 2 novembre 1917 fut réalisée finalement en 1948 en tenant compte des leçons qui ont dues être tirées du conflit interne en Palestine entre les Juifs et les Arabes. Israël n’a pas été créé par les pays d’Europe pour se débarrasser des Juifs ni pour héberger les survivants de l’holocauste. Il est évident que cette thèse historiquement fausse vise à imputer directement aux Européens le conflit au sujet d’Israël, épine dans le corps arabe.

Toutes proportions gardées…

Israël comptait en 1948 seulement 806.000 habitants, en 2018, une population de 8.84 millions sur un territoire de 20.770 km2. Dans ce laps de temps, Israël a accueilli environ 800.000 Juifs venant d’Europe et principalement de l’Union Soviétique. Après 1948, 500.000 à 600.000 juifs émigrent et/ou sont poussés à la fuite ou sont expulsés des pays arabes. En comparant les quelques 2 à 3 millions de migrants actuels vers l’Europe (le nombre exact n’importe pas ici), avec la population de 508 millions d’habitants, le territoire de 4 millions de kilomètres carrés, les infrastructures de l’UE, aucune similarité n’est donnée, ni au titre de la proportionnalité ni en chiffres absolus.

Et pourtant,

Imaginons un instant cette l’arrivée des 150.000 Juifs, chassés de l’Irak en 1951, débarquer dans l’État d’Israël avec peu de structures et une population inférieure à un million, une performance presque surhumaine… Puis comparons cela à l’invasion de l’UE en 2015.

On nous dit dans le film que l’accueil n’était pas particulièrement cordial et les conditions de logement ne différaient probablement guère de celles que subissent les immigrants actuels en route pour l’Europe. On peut même penser qu’elles étaient pires que ce que les réfugiés trouvent en Europe et ressemblaient beaucoup plus à ce que trouvent aujourd’hui les réfugiés syriens dans les pays limitrophes. Pas de structures industrielles disponibles ou qui manquaient de main d’œuvre comme tel est le cas en Europe. On a vu des familles débarquées en plein désert pour édifier leur communauté. En bref, ces immigrants n’ont pas bénéficié de structures accueillantes, mais au contraire, ont dû les construire eux-mêmes. Où en étaient la sécurité et l’assistance sociale ? On peut admettre que les juifs aisés des États-Unis et d’autres pays ont secouru Israël dans cette période critique, un État menacé en sus à l’intérieur par les Palestiniens et à l’extérieur par les pays arabes vaincus lors de la guerre d’Indépendance de 1948.

Il faut également souligner que contrairement à l’immense majorité des réfugiés que nous accueillons en Europe, les immigrants juifs en Israël demandaient leur intégration dans la communauté juive. Il est un fait également, que l’intégration d’un si grand nombre (plus de 10% en un coup de la population totale) posait des problèmes tout à la fois économiques, religieux (on n’ose le croire), et culturels.

Contrairement à la situation actuelle, les opérations de rapatriement des juifs étaient dans certains cas, soigneusement préparées, exception faite peut-être de l’arrivée dans les années 90 des migrants juifs de l’ancienne Union Soviétique : « Opération Tapis Volant » pour le Yémen « Opération Ezra et Néhémie » pour les Juifs des pays arabes vers la terre de leurs ancêtres, l’«Opération Moïse »qui permet la venue de plus de 7000 Falashas (nom donné aux juifs d’Éthiopie) entre novembre 1984 et janvier 1985 et l’« Opération Salomon » menée en mai 1991 avec le transfert de 15.000 Juifs éthiopiens. Principalement jeunes et isolés par leur culture et leurs coutumes, ils rencontrent au début de graves problèmes d’intégration dans la société israélienne qui s’amenuisent lentement.

Ashkénazes et Sépharades, Mizrahi, Juifs orthodoxes et athées, d’Éthiopie et d’ailleurs n’avaient guère autre chose de commun qu’une culture juive, formée et développée dans toutes les régions qu’ils habitaient et pourquoi pas, des vues divergentes sur la construction de cet Israël que certains, les sionistes, désiraient ardemment alors que d’autres, notamment une partie, une minuscule secte des ultra-orthodoxes, rejetaient et rejettent encore, attendant le Messie qui créera le vrai État d’Israël.
Les conditions propices à l’intégration des nouveaux arrivants étaient certainement leur religion, leur savoir-faire professionnel, leur bagage intellectuel, leurs relations et sans doute aucun, la menace de destruction du nouvel État qui venait de l’étranger, une menace qui promouvait forcément la solidarité. Dans cet ordre d’idées, il faut observer que le bagage culturel et savoir-faire étaient quand même bien limités chez les immigrants du Yémen, ou aussi de la partie des juifs irakiens qui émigraient en Israël- les couches les moins éduquées en fait-, alors que les couches aisées de la population se tournaient plutôt vers la Grande-Bretagne les États–Unis.

L’enrôlement dans l’armée israélienne fut et est certainement encore aujourd’hui un facteur très important d’intégration dans la société israélienne, un facteur qui ne joue aucun rôle pour nos réfugiés en l’Europe contemporaine.
Faut-il encore signaler que contrairement aux migrants vers nos pays, les immigrants vers Israël rejoignent des coreligionnaires. Le degré d’acceptation des musulmans dans nos pays dits chrétiens varie fortement d’un pays à l’autre et les avis des gouvernements sur les questions migratoires ne sont souvent pas en harmonie avec l’avis des gouvernés. On n’oubliera pas que les juifs d’Israël entretiennent des relations à tous les niveaux avec les Palestiniens de religion musulmane ou chrétienne. Faut-il ajouter que les immigrants juifs sont venus pour construire un pays, leur patrie, alors que nos réfugiés se trouvent certainement dans une phase de grande hésitation pour savoir s’ils vont vouloir ou pouvoir s’intégrer, rester une communauté à part, ou retourner dans leur pays, si l’amour de celui-ci ou les autorités nationales les y renvoie.

Dans l’attente de décisions importantes au sujet du problème de l’immigration, je voulais simplement suggérer de ne pas mêler les genres, d’éviter de prendre comme précédent des exemples historiques complètement différents de notre situation actuelle, de définir clairement les raisons, les intentions et les buts, les possibilités et moyens d’accueillir les migrants, de respecter les souverainetés des autres États, les particularités de chacune de nos communautés nationales qui forment cette Union Européenne, sans toutefois adhérer à cette chimère que j’appellerai: l’identité européenne.

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Dezember 2, 2018 - Posted by | Allgemeines, Israel | , ,

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